Le Colonel Blimp par Yves Alion
Ne cherchez pas le colonel Blimp dans le film
de Michael Powell : il n'existe pas. Blimp est un personnage
fictif (doublement) et caricatural, créé dans l'Evening
Standard et qui, parait-il, reste l'archétype britannique de la
vieille ganache, raide et dépassée. Une raison d'ailleurs
suffisante pour que le film ait connu bien des problèmes à se
faire alors que l'époque (1943) ne se prêtait guère aux
remises en question. Pourtant, à y regarder de plus près, Clive
Candy (le héros du film) est plus loin de la caricature qu'il
n'y paraît au prime abord. Malgré ses foucades, son
chauvinisme, son absence de sens critique, cet officier est un
personnage des plus attachants, porteur d'une évidente humanité
et même de tendresse. Le film (qui dure près de trois heures)
prend le temps de raconter le feuilleton de sa vie, une vie
entièrement consacrée à la défense de l'empire britannique.
De ce point de vue, Colonel Blimp s'avère
un rien prophétique, désignant sans ambiguïté la période
comme celle de la fin d'une époque.
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La façon dont le discours
chevaleresque (et candide) de Candy est opposé à
l'analyse froide et lucide de son ami allemand sur la
nature véritable du nazisme en dit long sur la question.
Il faut se garder pourtant de ne voir dans ce film qu'une
machine de guerre au service d'une thèse. Inclassable et
pluriel, Colonel Blimp est aussi un
beau film d'amour. Ayant manqué par aveuglement une
union qui l'aurait empli de bonheur, Blimp passera sa vie
à expier en courant après ce souvenir perdu. Powell a
d'ailleurs choisi de donner à Déborah Kerr tous les
rôles féminins importants, afin de souligner la
présence de ce fantôme adoré. Cela aurait pu tourner
au guignol : c'est tout bonnement émouvant. Cette
sentimentalité de bon aloi n'est pas la seule surprise
de ce film véritablement hors du commun. Une rareté dont il serait criminel qu'elle ne soit pas goûtée comme elle le doit par les nouvelles générations de cinéphiles. |
Revue du cinéma n°482, mai 1992